Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux états-Unis
- Date
- 2001
- Éditeur
- BookSurge Publishing
- ISBN
- 9781421237329
À propos du livre
CLÉMENT JUGLAR (1862) Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis INTRODUCTION Les recherches qui suivent, remontant déjà à une époque éloignée, nous devons peut-être indiquer dans quelles circonstances elles ont été entreprises et comment on a été amené à observer et à signaler ces oscillations si remarquables, qui étonnent au premier abord et paraîtraient fortuites, si, par leur retour périodique en France, en Angleterre, aux États-Unis, elles ne recevaient une éclatante confirmation. Dans une étude sur le développement de la population en France (Journal des Économistes oct-déc 1851, janv-juin 1852), et surtout sur le mouvement des mariages, des naissances et des décès, notre attention avait été éveillée par les variations si considérables que l'on observe dans les diverses années heureuses ou malheureuses, d'abondance ou de disette. Nous avions bien reconnu ce qui déjà avait été indiqué, l'influence fâcheuse de la disette, des guerres, des épidémies ; mais nous voulions nous assurer s'il n'y aurait pas dans le mouvement des affaires et dans les transactions commerciales une nouvelle cause, bienfaisante ou funeste, qui, s'enchaînant avec les précédentes, se combinait avec elles pour les aggraver encore par une fatale coïncidence. Quelques réflexions suffirent pour nous convaincre que le développement des escomptes de la Banque de France nous donnerait le tableau le plus fidèle et le plus exact de ce mouvement. Le dépouillement des comptes rendus annuels depuis 1800 nous découvrit alors, dans toute son évidence, la succession des périodes de prospérité et de crise dont se compose la vie des peuples. Un premier travail parut en 1856 dans l'Annuaire de l'économie politique. A la veille de la crise (avril et mai 1857), six mois avant qu'elle n'éclatât, une élude plus étendue, dont M. Passy voulut bien entretenir l'Académie des sciences morales et politiques, fut publiée dans le Journal des économistes, alors que la conclusion de la paix à la suite de la guerre de Grimée faisait espérer une renaissance des affaires et promettait une activité commerciale et industrielle supérieure à tout ce qui avait précédé. La spéculation à la Bourse, escomptant cet avenir, avait porté le 3 pour 100 de 61 fr. 15 cent, à 75 fr. 75 cent. L'année n'était pas écoulée que toutes les prévisions déduites de ce qu'on avait observé aux époques antérieures se réalisaient : le 3 pour 100, à la veille du coupon, était coté 66 fr. 55 cent, (novembre 1857). La démonstration paraissait complète pour la France, il fallait généraliser. En novembre 1857, la situation comparée des banques de France et d'Angleterre, insérée dans le Journal des économistes, établissait une concordance parfaite : les dernières recherches permettent d'y joindre les États-Unis, c'est-à-dire les trois grands pays de commerce et de l'industrie. Les travaux les plus considérables ont été entrepris sur les banques en France, en Angleterre et en Allemagne, par les hommes qui ont le plus d'autorité dans ces matières. Tous en reconnaissant que les crises commerciales ne sont pas un fait contemporain, mais le résultat d'altérations profondes dans le mouvement du crédit et dans les fonctions productives de la société, plus préoccupés de l'époque où ils écrivaient, ont cherché à expliquer, par des causes toutes spéciales et particulières aux circonstances générales, l'origine et la nature des crises. À toutes les époques, on a pris l'événement dominant du moment pour la cause de tout le mal. Tantôt c'était une perturbation intérieure ou extérieure; et puis il était si commode d'accuser la mauvaise constitution des banques de circulation et notamment la limite artificielle qu'elles imposent à leurs opérations en les faisant dépendre de l'encaisse métallique. On aimait à oublier que la condition essentielle de la circulation, c'est la disponibilité monétaire que rien ne peut remplacer. D'ailleurs les banques subissent les crises et ne les produisent pas; supprimer l'obligation de rembourser les billets à présentation en numéraire métallique, c'est amener dans un temps très-court leur inévitable dépréciation. L'expérience a été faite en France, en Angleterre, aux États-Unis, partout elle a été concluante. Quant au crédit, il offrait jadis d'insuffisantes ressources, et il amenait des perturbations sérieuses pour des causes peu graves. Aujourd'hui il a pris une extension considérable, aussi les transactions dont il est l'objet présentent-elles une surface plus vulnérable, et quand elles sont troublées elles amènent une crise plus étendue. On a cherché, surtout en Angleterre, à rendre la circulation fixe, pour ainsi dire, ou ne variant que dans de très-étroites limites, dans les mêmes proportions que la réserve métallique, et cette savante combinaison, à laquelle on a tout sacrifié, a produit l'apte de 1844, le régulateur de la banque d'Angleterre. Malheureusement, loin de prévenir aucune des commotions commerciales en vue desquelles on l'avait institué, on a dû le suspendre chaque fois que les circonstances devenaient critiques, en sorte qu'il ne fonctionne que quand son action est nulle : semblable à un frein au repos dont la moindre pression, loin de modérer le mouvement, menace de tout faire éclater. On s'explique difficilement comment des hommes comme MM. John Francis, Mac Culloch, Newmark, Mac Leod, Tooke, négligeant les liens qui établissent leurs relations, n'ont pas insisté sur le retour périodique des crises commerciales dans des circonstances semblables aux diverses époques, au lieu de faire une étude isolée de chacune d'elles. Ces circonstances sont tellement caractérisées et si constantes, qu'on peut dire qu'elles sont fondamentales et que sans elles il n'y a pas de crise. Nous ne pouvons attribuer cette lacune qu'aux difficultés de se procurer les documents officiels des opérations des banques, car les auteurs anglais n'en citent qu'un petit nombre. Les documents sous leurs yeux, ils auraient reconnu de suite l'enchaînement des périodes et n'auraient attribué aux événements qu'une part relative, comme celle de la dernière goutte d'eau qui, selon qu'elle tombe un peu plus tôt ou un peu plus tard, fait déborder un bassin déjà plein. Les mêmes influences ont dû produire les mêmes résultats dans tous les temps malgré le peu d'extension du crédit aux époques antérieures; la prospérité et la détresse des nations dépendaient des mêmes oscillations du commerce intérieur et extérieur et de leur développement plus ou moins rapide : comme de nos jours elles cherchaient un remède et un soulagement à leur malaise dans des révolutions intérieures, tout au moins une distraction et un écoulement du trop-plein de la population dans des guerres extérieures, avec toutes leurs dévorantes conséquences. La grande crise de 1789, après les belles années du commencement du règne de Louis XVI, en serait un des derniers exemples, si nous n'avions eu depuis, 1799,1815, 1830 et 1848. C'est surtout dans ces moments, attristé par la ruine de quelques-uns et la gêne de tous, que l'on s'efforce de chercher des remèdes pour prévenir le retour de pareils accidents, car, la liquidation terminée, on ne songe plus à un retour inévitable; on ne le croit même pas possible. Sans se préoccuper de la situation générale et de la prospérité des années qui ont précédé, on croit pouvoir, par des moyens artificiels, lois, règlements, restrictions, monopole ou liberté, trouver le moyen de les supprimer. Tour à tour on a proposé, selon l'impression du moment, soit le doublement du capital de garantie, soit la libre émission des billets avec suspension des remboursements, soit la facilité, la fixité même du taux de l'escompte. Tout a été préconisé, essayé sans pouvoir apporter aucun obstacle; souvent même, loin de détourner le mal en contrariant ou en soutenant la marche des affaires, on retardait l'explosion pour la rendre plus terrible. À la suite de ces bouleversements périodiques, précédés d'une série de belles et heureuses années, on est toujours surpris du développement des sociétés, de leur activité et de leur puissance. Les époques de renaissance et de décadence nous offrent dans les arts quelque chose d'analogue. On les observe aussi à toutes les époques, chez tous les peuples et dans tous les styles, avec cette différence, toutefois, que si, par un procédé graphique usité en statistique, on veut les représenter par les ondulations d'une ligne, on observe que les sommets de l'art vont s'abaissant toujours, tandis que ceux du commerce et de l'industrie s'élèvent sans cesse dans des proportions telles qu'aujourd'hui le monde entier leur sert de base. Nous ne nous dissimulons pas, malgré notre confiance dans les principes de liberté qu'enseigne l'économie politique, leur impuissance pour prévenir complètement ces ébranlements intermittents suivis d'une espèce de léthargie, d'où doit sortir une nouvelle phase plus brillante que les précédentes. Les crises, comme les maladies, paraissent une des conditions de l'existence des sociétés où le commerce et l'industrie dominent. On peut les prévoir, les adoucir, s'en préserver jusqu'à un certain point, faciliter la reprise des affaires; mais les supprimer, c'est ce que jusqu'ici, malgré les combinaisons les plus diverses, il n'a été donné à personne. Proposer un remède à notre tour, quand nous reconnaissions le peu d'efficacité de ceux des autres, n'était pas possible, d'autant que leur évolution naturelle rétablit l'équilibre et prépare un sol ferme sur lequel on peut s'appuyer sans crainte pour parcourir une nouvelle période. Ce fut en mai 1860 que l'Académie mit au concours l'étude des causes des crises commerciales, en la généralisant et l'étendant à l'Europe et l'Amérique du Nord durant le dix-neuvième siècle. Pour traiter et résoudre la question, il fallait se procurer les documents officiels, c'était la difficulté; Les rapports au parlement anglais ont fourni presque tout ce que l'on pouvait désirer, comme chiffres, à un jour donné, sauf plusieurs relevés annuels et un compte rendu de Tannée résumant les principales opérations, comme ceux publiés par la Banque de France. Malgré l'extrême obligeance de M. Michel Chevalier, qui a bien voulu écrire à un de ses amis, directeur de la Banque d'Angleterre, nous n'avons pu rien obtenir. Pour les États-Unis, nous devons à la complaisance bien connue de M. Legoyt, directeur de la statistique générale de la France, la communication des documents les plus précieux, entre autres le rapport présenté au congrès sur la crise de 1857. Les autres publications officielles, mises à notre disposition par M. Wattemare et M. Bailly, à l'hôtel de ville, avec un empressement et une complaisance que notre reconnaissance nous oblige à signaler ici, nous ont permis de donner sur la situation des banques des documents épars, difficiles à réunir et encore inédits pour la phi-part. Il est regrettable que les publications officielles se bornent à donner la situation des banques fin décembre, sans aucun détail sur les opérations de Tannée entière. Enfin, pour la France, outre les publications de la Banque, M. le comte de Germiny, M. Gauthier, M. Marsaud, ont bien voulu nous communiquer les résultats inédits qui nous paraissaient intéressants, qu'il nous soit permis de leur adresser tous nos remercîments et de leur témoigner toute notre gratitude. De même MM. Barbier, De Manne, Desmarets, Miller, Pilon, aux bibliothèques du Louvre, de la Chambre du commerce de la rue de Richelieu et du Corps législatif, ont singulièrement facilité nos recherches en nous permettant de consulter des collections qu'on ne pouvait se procurer ailleurs. Ces matériaux recueillis, nous les avons rapprochés, et notre attente n'a pas été trompée quand, à notre satisfaction, nous avons pu constater qu'ils concordaient parfaitement. L'Allemagne seule ne nous a rien offert sur une assez longue période; nous n'avons pu utiliser que les publications les plus récentes sur Hambourg et la banque de Prusse. Ainsi, ce qui d'abord ne paraissait que l'accessoire, est devenu la partie principale et dominante. Les opérations des banques, l'extension et la contraction des escomptes, l'abondance et la rareté du numéraire, malgré une importation de 3 milliards en or dans la dernière période, ont entraîné comme conséquence les modifications profondes que l'on observe dans les mouvements de la population, dans le commerce, importations et exportations, dans les revenus, impôts directs et indirects, enfin dans le crédit public, assez bien représenté par les cours des valeurs de l'État à la Bourse. De sorte que tout marche solidaire, soumis aux mêmes influences, et comme obéissant à la même puissance d'expansion et de retrait. Les mauvaises récoltes, la cherté des céréales, les disettes, par leur retour périodique se rencontrent asses souvent dans notre pays avec l'engorgement du portefeuille des banques, et apportent une nouvelle complication à une situation déjà mauvaise : leur présence n'est cependant pas indispensable pour produire une crise commerciale; nous en avons la preuve en observant ce qui se passe en Amérique, où, malgré le bas prix des céréales, le développement des escomptes, l'abus du crédit porté à un certain degré, les fait éclater un peu plus tôt qu'en Europe, la situation des deux côtés étant aussi embarrassée. Si la disette se rencontre avec le trop-plein des portefeuilles, la crise sera plus grave sans doute, mais ce ne sera toujours qu'un accident, cause de troubles d'autant plus grands, que, la pyramide du crédit se trouvant renversée, à la moindre nouvelle secousse tout s'affaisse et croule. La dépression du portefeuille indique bien si la liquidation a été radicale et profonde, et dans ce cas on peut promettre une reprise active et durable des affaires. Si, au contraire, il n'y a qu'un temps d'arrêt, légère diminution des escomptes, une demi-liquidation en un mot, on se relève un peu, mais pour retomber bientôt (1857-1862). Une guerre à l'étranger (guerre de Crimée et d'Italie), un grand débouché fermé à l'importation et à l'exportation (guerre d'Amérique), peuvent entraîner un malaise, une gêne, dans un certain nombre d'industries, mais ne peuvent produire une crise commerciale, elles y prédisposent ou donnent le dernier coup, et la preuve, c'est qu'en France et en Angleterre les années 1854 et 1855 forent les plus belles de la période. En France, en 1860, malgré le blocus des porte des États du Sud, le chiffre total en quintaux métriques des importations et des exportations a dépassé celui des années antérieures. En Angleterre, le total des exportations, qui s'élevait à 135 millions livr. st. en 1860, est tombé à 125 millions en 1861, somme encore de 3 millions supérieure à tous les maxima antérieurs, baissant seulement de 10 mil* lions, pendant que les embarras du marché américain leur faisait perdre 12 millions. Les traités de commerce n'ont aussi qu'une action secondaire, car en Angleterre, malgré le débouché français, on se plaint autant que de ce côté du détroit. L'exagération du commerce intérieur et extérieur à des prix enflés par la spéculation et non aux prix naturels, voilà une des principales causes de tous les embarras pour la vente des produits. Le dernier détenteur ne pouvant les écouler à un prix supérieur, tous les échanges s'arrêtent; la marchandise offerte, la baisse est rapide de 25 à 30 pour 100 en quelques mois, effaçant ainsi en un instant la hausse de plusieurs années. Le Mémoire couronné par l'Institut a été revu avec soin et sans rien changer quant au fond et aux conclusions; on a donné quelques développements surtout pour les trois dernières périodes de 1840 à 1862. Les comptes rendus mensuels et hebdomadaires des Banques de France et d'Angleterre ont fourni le moyen de suivre, presque mois par mois, la marche des crises et des liquidations. Dans une seconde partie, nous avons complété ce travail en indiquant les mouvements de la population, des douanes, des revenus publics directs et indirects, le cours des fonds publics et la situation du Trésor. Nous réclamons l'indulgence du lecteur pour tous les chiffres qui se trouvent dans le texte. En nous appuyant non-seulement sur des relevés statistiques, mais sur des grands nombres, sur des longues périodes, et dans trois grands pays, nous pensons avoir rempli beaucoup mieux que par des assertions toujours discutables les principales conditions d'une démonstration scientifique. Ce n'est que par une lecture attentive, et en consultant souvent les tableaux généraux, que l'on se pénétrera du mécanisme des crises, de leur développement, de leur explosion et de leur liquidation. La répétition constante des mêmes accidents donne une monotonie réelle à notre historique : nous sommes forcé de passer successivement et toujours par les mêmes phases, non sans causer un certain ennui à l'esprit qui aime la variété et toujours avide de nouveautés; n'est-ce pas cependant la meilleure confirmation de ce que nous voulions démontrer? Nous aurions pu ajouter quelques détails sur le rôle des principaux personnages, banquiers et financiers, pour animer notre récit, mais c'eût été nous distraire et nous détourner de notre but. Le renouvellement et la succession des mêmes faits, dans des circonstances spéciales, dans tous les temps, dans tous les pays et sous tous les régimes (liberté complète des banques aux États-Unis, liberté et monopole en Angleterre et en Écosse, monopole en France), voilà ce qu'il fallait faire remarquer. On nous pardonnera de n'avoir pas répandu plus de charme dans notre récit, si les chiffres, malgré leur aridité, mais aussi avec leur précision et leur éloquence, ont été nos meilleurs interprètes. ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES RAPPORT FAIT PAR H. WOLOWSKl, AU NOM DE LA SECTION D'ÉCONOMIE POLITIQUE, SUR LE CONCOURS POUR LE PRIX DE LA FONDATION BORDIN, A DÉCERNER EN 1861, ET DONT LE SUJET ÉTAIT : « Rechercher les causes et signaler les effets des crises commerciales survenues en Europe et dans l'Amérique du Nord durant le cours du dix-neuvième siècle. Ces crises ont été fréquentes à toutes les époques; mais, à mesure que les relations commerciales ont acquis de nouveaux développements, leur action perturbatrice s'est étendue de proche en proche sur un plus grand nombre de points. Les recherches devront porter principalement sur celles de ces crises qui ont entraîné les commotions les plus générales. » Le mémoire inscrit sous le numéro 2 ayant pour épigraphe : « Le développement régulier de la richesse des nations n'a pas lieu sans douleurs et sans résistances. Dans les crises, tout s'arrête pour un temps, le corps social paraît paralysé; mais ce n'est qu'une torpeur passagère, prélude de plus belles destinées. En un mot, c'est une liquidation générale » (page 47 du manuscrit, deuxième partie), est moins ambitieux dans ses visées et plus satisfaisant dans ses résultats. L'auteur de ce mémoire croit plus à l'influence d'une direction prudente donnée aux banques qu'à l'utilité d'une nouvelle organisation. Dans son savant et judicieux travail, il a retracé l'histoire complète, faite sur les documents officiels, des perturbations commerciales en Angleterre, en France, aux États-Unis, à Hambourg, depuis le commencement du siècle jusqu'en 1857. Les faits accomplis révèlent d'eux-mêmes la nature et l'intensité des crises, leur marche et la manière dont elles se terminent. L'auteur parvient ainsi à en constater et à en spécifier les causes fondamentales, qu'il distingue bien des causes occasionnelles. La méthode d'observation sévèrement appliquée lui fournit le moyen d'arriver au principe véritable et constant du mal, en lui faisant retrouver les mêmes faits dans les mêmes circonstances. L'auteur examine avec une attention scrupuleuse les points capitaux suivants : Le développement de l'escompte et des avances; La situation de la réserve métallique; La circulation des billets; Les dépôts en comptes-courants. Ce sont surtout les indications fournies par le développement des escomptes et par l'état de rencaisse dont il se sert pour déterminer les fondements des crises. D'après les tableaux synoptiques que l'auteur a dressés avec une grande précision, on saisit clairement les signes précurseurs des perturbations commerciales. L'extension de la spéculation amène la hausse des prix et des salaires; le luxe se propage; on règle la dépense non sur l'accroissement des revenus, mais sur l'augmentation du cours nominal des valeurs. Le développement exagéré des escomptes et la diminution des réserves métalliques précèdent les crises, de même que la diminution des escomptes et l'abondance de l'encaisse en marquent la. guérison. Les périodes croissantes et décroissantes se suivent avec une grande régularité dans les divers tableaux annexés au mémoire numéro 2, et l'auteur, saris en tirer une loi nouvelle, y voit plus qu'une coïncidence. Le retour régulier des crises commerciales lui semble une des conditions du développement de la grande industrie. On peut en atténuer les effets, mais on ne saurait les prévenir complètement. Dans cette partie intéressante de son mémoire, l'auteur fait ressortir, comme une cause naturelle qui agit en quelque sorte périodiquement, l'excès de la production. Dans de nombreux tableaux habilement dressés, qui enrichissent le mémoire numéro 2, l'auteur a résumé, en ce qui concerne les oscillations des banques, des faits constamment en harmonie avec le mouvement des douanes, le prix moyen des céréales, la marche de la population et le cours des fonds publics. Observateur exact, il se tient en garde contre toute conclusion trop absolue, il est trop prévoyant pour présenter quelque spécifique extraordinaire; il préfère invoquer l'expérience et stimuler l'activité intelligente de ceux auxquels est confiée la direction des institutions de crédit. Il ne propose point des modifications dangereuses à la constitution des banques, et il ne s'aventure pas à demander au crédit des secours impossibles. C'est beaucoup que de connaître le siège du mal à l'aide d'une observation sagace, et dégrouper, au moyen d'une méthode ingénieuse, des documents d'une valeur incontestable. L'Académie adopte les conclusions de la section. Le billet annexé au mémoire numéro 2 est décacheté et fait connaître, comme en étant l'auteur, M. Clément Juglar, auquel le prix est décerné et dont le nom sera proclamé dans la prochaine séance publique.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
RAPPORT FAIT PAR H. WOLOWSKl, AU NOM DE LA SECTION D'ÉCONOMIE POLITIQUE, SUR LE CONCOURS POUR LE PRIX DE LA FONDATION BORDIN, A DÉCERNER EN 1861, ET DONT LE SUJET ÉTAIT :
« Rechercher les causes et signaler les effets des crises commerciales survenues en Europe et dans l'Amérique du Nord durant le cours du dix-neuvième siècle.
Ces crises ont été fréquentes à toutes les époques; mais, à mesure que les relations commerciales ont acquis de nouveaux développements, leur action perturbatrice s'est étendue de proche en proche sur un plus grand nombre de points. Les recherches devront porter principalement sur celles de ces crises qui ont entraîné les commotions les plus générales. »
Le mémoire inscrit sous le numéro 2 ayant pour épigraphe : « Le développement régulier de la richesse des nations n'a pas lieu sans douleurs et sans résistances. Dans les crises, tout s'arrête pour un temps, le corps social paraît paralysé; mais ce n'est qu'une torpeur passagère, prélude de plus belles destinées. En un mot, c'est une liquidation générale » (page 47 du manuscrit, deuxième partie), est moins ambitieux dans ses visées et plus satisfaisant dans ses résultats. L'auteur de ce mémoire croit plus à l'influence d'une direction prudente donnée aux banques qu'à l'utilité d'une nouvelle organisation. Dans son savant et judicieux travail, il a retracé l'histoire complète, faite sur les documents officiels, des perturbations commerciales en Angleterre, en France, aux États-Unis, à Hambourg, depuis le commencement du siècle jusqu'en 1857. Les faits accomplis révèlent d'eux-mêmes la nature et l'intensité des crises, leur marche et la manière dont elles se terminent. L'auteur parvient ainsi à en constater et à en spécifier les causes fondamentales, qu'il distingue bien des causes occasionnelles. La méthode d'observation sévèrement appliquée lui fournit le moyen d'arriver au principe véritable et constant du mal, en lui faisant retrouver les mêmes faits dans les mêmes circonstances.
L'auteur examine avec une attention scrupuleuse les points capitaux suivants :
Le développement de l'escompte et des avances;
La situation de la réserve métallique;
La circulation des billets;
Les dépôts en comptes-courants.
Ce sont surtout les indications fournies par le développement des escomptes et par l'état de rencaisse dont il se sert pour déterminer les fondements des crises. D'après les tableaux synoptiques que l'auteur a dressés avec une grande précision, on saisit clairement les signes précurseurs des perturbations commerciales. L'extension de la spéculation amène la hausse des prix et des salaires; le luxe se propage; on règle la dépense non sur l'accroissement des revenus, mais sur l'augmentation du cours nominal des valeurs. Le développement exagéré des escomptes et la diminution des réserves métalliques précèdent les crises, de même que la diminution des escomptes et l'abondance de l'encaisse en marquent la. guérison. Les périodes croissantes et décroissantes se suivent avec une grande régularité dans les divers tableaux annexés au mémoire numéro 2, et l'auteur, saris en tirer une loi nouvelle, y voit plus qu'une coïncidence. Le retour régulier des crises commerciales lui semble une des conditions du développement de la grande industrie. On peut en atténuer les effets, mais on ne saurait les prévenir complètement. Dans cette partie intéressante de son mémoire, l'auteur fait ressortir, comme une cause naturelle qui agit en quelque sorte périodiquement, l'excès de la production.
Dans de nombreux tableaux habilement dressés, qui enrichissent le mémoire numéro 2, l'auteur a résumé, en ce qui concerne les oscillations des banques, des faits constamment en harmonie avec le mouvement des douanes, le prix moyen des céréales, la marche de la population et le cours des fonds publics. Observateur exact, il se tient en garde contre toute conclusion trop absolue, il est trop prévoyant pour présenter quelque spécifique extraordinaire; il préfère invoquer l'expérience et stimuler l'activité intelligente de ceux auxquels est confiée la direction des institutions de crédit. Il ne propose point des modifications dangereuses à la constitution des banques, et il ne s'aventure pas à demander au crédit des secours impossibles. C'est beaucoup que de connaître le siège du mal à l'aide d'une observation sagace, et dégrouper, au moyen d'une méthode ingénieuse, des documents d'une valeur incontestable.
L'Académie adopte les conclusions de la section. Le billet annexé au mémoire numéro 2 est décacheté et fait connaître, comme en étant l'auteur, M. Clément Juglar, auquel le prix est décerné et dont le nom sera proclamé dans la prochaine séance publique.
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- Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux états-Unis — édition historiqueBookSurge Publishing · 2001ISBN 9781421237329