« Le système public ne reculera que pris en tenaille entre des déficits devenus insupportables et des ressources en voie de rétractation »
Alain Minc, L’Expansion du 2 novembre 1984, cité par Serge Halimi en 2005.
Les citations
26 citationsLa morale collective actuelle nous fait croire que l’important c’est de l’emporter sur les autres, de lutter, de gagner.
Nous sommes dans une société de compétition mais un gagnant est un fabricant de perdants.
Il faut rebâtir une société humaine où la compétition sera éliminée.
Je n’ai pas à être plus fort que l’autre, je dois être plus fort que moi… grâce à l’autre.
Albert Jacquard.
Je veux dire, par exemple, qu'il est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu'elles soient électives.
Je veux dire, par exemple, que dans les (cités) démocratiques c'est le peuple qui est souverain, alors que c'est le petit nombre dans les (cités) oligarchiques.
Le fait que les magistrats ne sont ni rétribués ni tirés au sort doit être considéré comme aristocratique.
« Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant à chaque instant être comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. »
Les colonies et la pauvreté
« Qu'on interdise à tous les Noirs de tisser le lin ou la laine, de filer ou de peigner la laine, ou encore de travailler dans la sidérurgie ou la métallurgie, que ce soit pour fondre le métal ou pour le transformer en différentes sortes de barres métalliques ; qu'on leur interdise aussi de fabriquer des chapeaux, des bas, ou des cuirs de toutes sortes... Car, s'ils établissent des manufactures et que le gouvernement se trouve ensuite dans la nécessité de stopper leur progrès ne nous devons pas nous attendre à ce que cela se passe aussi facilement qu'aujourd'hui. »
Joshua Gee, Considérations sur le commerce et la navigation de la Grande-Bretagne, 1729.Bien qu'elle puisse déranger, la citation ci-dessus est le triste reflet de plusieurs centaines d'années de politique économique. Pas n'importe quelle politique économique, toutefois, mais la politique suivie par l'Europe lors de son essor économique au début de la période moderne. Dans la perspective actuelle, elle nous semble néanmoins choquante, en particulier à cause de sa franchise puisqu'elle admet très ouvertement que le but de la politique est de cantonner les colonies à un rôle de simples fournisseurs de matières premières. Traditionnellement, on a toujours vigoureusement interdit aux colonies de développer une industrie manufacturière, afin de les concentrer sur la fourniture de matières premières, mais bien que cet état de fait soit devenu politiquement incorrect, il ne fait aucun doute qu'il perdure dans la pratique.
Dans le chapitre précédent, nous avons soutenu avec Werner Sombart que l'industrialisation est au cœur du capitalisme et que, par conséquent, le fait d'interdire aux colonies de s'industrialiser revenait à les condamner à la pauvreté. Dans cette partie du livre, nous allons voir comment la désindustrialisation peut conduire à l'inverse du développement, c'est-à-dire à la régression et à la primitivisation économique.
Un des mécanismes contribuant à cela est l'effet Vanek-Reinert, qui amène les secteurs économiques les plus avancés des nations commerçantes les moins avancées à être les premières victimes du libre-échange immédiat. Quand les cercles vertueux basés sur les rendements croissants s'inversent, la périphérie du monde fait l'expérience d'une série d'événements impliquant désindustrialisation, désagriculturisation et dépeuplement, des mécanismes qu'on peut aujourd'hui observer du sud du Mexique jusqu'à la Moldavie. L'émigration vers les régions du monde contrôlées par les activités à rendements croissants apparaît alors comme la seule option de survie.
À l'époque de Joshua Gee, les écrivains économiques recevaient aussi des conseils sur l'attitude à adopter si les habitants des colonies se mettaient à soupçonner le lien entre l'interdiction de développer leur industrie et leur propre pauvreté. La solution était de semer la confusion en les autorisant à exporter librement des produits agricoles :
« Parce que ceux qui travaillent dans les plantations sont tentés par un marché libre pour assurer leur expansion partout en Europe, et que tous vont s'y atteler afin de répondre à la prodigieuse demande de ce libre-échange extensif, détournant ainsi leurs esprits des manufactures qui sont la seule chose sur laquelle notre intérêt peut se heurter aux leurs. »
Mathew Decker, Essai sur les causes du déclin du commerce étranger de la Grande-Bretagne, 1744.Le parallèle avec la situation actuelle est frappant. Les pays en développement désindustrialisés, attirés par la libre exportation de produits agricoles vers l'Union européenne et les États-Unis, oublient ainsi leur désir d'industrialisation. Pourtant, jamais un pays n'est devenu riche en exportant des produits alimentaires sans disposer également d'un secteur industriel.
Erik Reinert, Comment les pays riches sont devenus riches, pourquoi les pays pauvres restent pauvres (2007).
"Le journalisme consiste pour une large part à dire : « Lord Jones est mort » à des gens qui ne savaient même pas que Lord Jones existait."
G. K. Chesterton.
« Le droit du travail et la protection de l’environnement sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés.
Le libre-échange va réprimer certains de ces excès en obligeant chacun à rester concurrentiel face aux importations des pays en développement. »
Gary Becker, « économiste libéral », août 1993.
L'esclavage était légal.
Le colonialisme était légal.
L'holocauste était légal.
L'apartheid était légal.
L'état d'urgence est légal.
La destruction du droit du travail et des services publics est légale.
La légalité est une question de pouvoir, pas de justice.Gunther Aleksander.
De l'étendue de l’État.
C'est à la violence que les États doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur, et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des règlements de police, propres à maintenir à chacun la tranquille jouissance de ses rapines.
Quelqu'impure que soit l'origine des États, dans quelques-uns l'équité sortit du sein des injustices, et la liberté naquit de l'oppression.
Lorsque de sages lois forment le gouvernement, la petite étendue de l'État ne contribue pas peu à y maintenir le règne de la justice et de la liberté ; et toujours d'autant plus efficacement qu'elle est moins considérable.
Le gouvernement populaire parait naturel aux petits États, et la liberté la plus complète s'y trouve établie.
Dans un petit État, presque tout le monde se connaît, chacun y a les mêmes intérêts ; de l'habitude de vivre ensemble naît cette douce familiarité, cette franchise, cette confiance, cette sûreté de commerce, ces relations intimes qui forment les douceurs de la société, l'amour de la patrie. Avantages dont sont privés les grands États, où presque personne ne se connaît, et dont les membres se regardent toujours en étrangers.
Dans un petit État, les magistrats ont les yeux sur le peuple, et le peuple a les yeux sur les magistrats.
Les sujets de plainte étant assez rares, sont beaucoup mieux approfondis, plutôt réparés, plus facilement prévenus.
L'ambition du gouvernement n'y saurait prendre l'essor sans jeter l'alarme, sans trouver des obstacles invincibles. Au premier signal du danger, chacun se réunit contre l'ennemi commun, et l'arrête. Avantages dont sont privés les grands États : la multiplicité des affaires y empêche d'observer la marche de l'autorité, d'en suivre les progrès ; et dans ce tourbillon d'objets qui se renouvellent continuellement, distrait des uns par les autres, on néglige de remarquer les atteintes portées aux lois ou on oublie d'en poursuivre la réparation. Or, le prince mal observé, y marche plus sûrement et plus rapidement au pouvoir absolu.